La sexualité, l’amour et les sextoys

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Il est aujourd’hui difficile de parler d’amour sans parler de sexualité. Lorsqu’une relation amoureuse débute, dès lors qu’elle a passé les stades de validation de chaque partenaire, l’imminence d’une relation sexuelle apparait dans le paysage. Elle ne reflète pas toujours le désir des personnes mais une sorte de passage obligé. Elle peut être vécue comme attendue, ou avec appréhension voire ne pas être souhaitée. 

 

Comment en sommes-nous arrivés à cette nouvelle forme de dictat dans la vie intime des personnes ? Comment ces derniers influencent-ils notre rapport à l’amour ? 

 

Les siècles qui nous ont précédés ont considéré la sexualité sous son angle procréatif, et les religions sous toutes les formes y ont contribué. La sexualité était alors un devoir que l’on se devait de respecter, et c’est d’ailleurs ce que l’on retrouve encore à ce jour dans notre code civil où les devoirs conjugaux font état du devoir de cohabitation qui sous-entend une vie commune et des rapports charnels « corpula carnalis ». L’abstinence sexuelle et l’absence de relation intime sont, selon la jurisprudence, une violation des devoirs du mariage.

 C’est dans les années 60/70 et au-delà que Masters et Johnson ont, les premiers, étudié les comportements sexuels des êtres humains et défini, malgré eux, une forme de norme quant à la façon dont une relation sexuelle se passait en termes de plaisir, de jouissance de chaque partenaire. Ils ont favorisé l’émergence de la notion de plaisir sexuel.

Cette idée a fait son chemin depuis les années 70. Elle a accompagné la libération sexuelle des sociétés et la libération des mœurs puis est devenue une sorte de standard pour les nouvelles générations où les filles revendiquent leur plaisir et où la recherche d’un(e) partenaire passe très souvent par la satisfaction du plaisir sexuel. 

 

La combinaison de notre culture, sous tendue par nos lois, les avancées sur la physiologie féminine et la libération des mœurs, amènent à une relation plurielle à la sexualité, qui cherche à la fois à respecter la personne, mais aussi l’autre et à correspondre à une forme de modèle stéréotypé sociétal. 

La sexualité est très présente dans la vie quotidienne, dans les films où les scènes de copulation sont parfois crues, dans la rue sur les panneaux de publicité ou simplement par l’hypersexualisation du corps de la femme via la mode. Les habits mettant en valeur les corps ou les attributs connotés sexuellement peuvent se porter très tôt en âge ; ce phénomène concerne les hommes aussi depuis quelques années maintenant. Correspondre à ces images sociétales véhiculées apporte l’assurance d’une certaine normalité, une réassurance de l’individu, bénéfice non négligeable dans un domaine où il n’y a pas de forme d’apprentissage. A tel point que la pornographie devient une forme de mode d’emploi à l’usage des novices. Certainement que les générations plus anciennes ne partagent que peu la façon actuelle d’aborder les relations sexuelles. 

Avoir une relation sexuelle avec un partenaire avant de s’engager est aussi perçu comme offrant une garantie supplémentaire de complémentarité entre les individus. 

Ces arguments sont d’ordre culturels et groupal, ils omettent la dimension personnelle. En tant que sexothérapeute, il me semble très important de rappeler l’importance fondamentale du ressenti de l’individu. Le déplacement de la motivation vers des obligations, qu’elles soient culturelles ou relationnelles envers le/la partenaire, est une cause fréquente de malaise dans la relation sexuelle. 

 

Le plaisir sexuel n’est pas un plaisir qui se vit uniquement à deux. C’est avant tout un plaisir à soi. La jouissance se compose de deux pendants : l’un physique, corporel et un psychique, imaginaire. 

Nous constatons tous que nous avons une façon de faire l’amour. Même si cette façon est « variée », libre et propose différents schémas, elle reste contenue dans un certain cadre. Chaque partenaire a le sien propre. A priori il est nécessaire d’avoir des cadres compatibles pour pouvoir « s’entendre au lit ». 

Cependant quel que soit le cadre, celui-ci étant délimité, il est parfois intéressant de lui apporter de la nouveauté. Les jouets et autres propositions faites sur les sites tel que celui-ci offrent la possibilité de percevoir de nouvelles sensations, dans son aspect physique de la relation.  Elle permet aussi d’ouvrir l’esprit sur les sensations ou fonctionnement sexuels auxquels nous n’avions jamais pensé (curiosité) car ne faisant pas partie de notre cadre de référence. 

Les sites et leurs propositions sont une stimulation à la reconnection à son plaisir, voire parfois à sa découverte, plus souvent pour les femmes et parfois la découverte de la femme par l’homme. Les sites pourraient être comparés aux films érotiques en cela qu’ils stimulent l’imagination et émoustillent les sens. 

La banalisation des sites de sextoys est aussi un marqueur sociétal quant au déplacement de la morale. L’offre variée respecte les évolutions des « normes » de santé mentale sur la sexualité, et reste le plus souvent dans une présentation ludique. 

Le plaisir physique peut être décuplé s’il est associé au plaisir psychique d’avoir un partenaire, et davantage encore si le sentiment amoureux est associé à la relation. Enfin, si le partenaire affiche les signes de son propre plaisir dans la relation sexuelle, alors cela augmentera encore le plaisir car cette image de fusion (ensemble) est l’archétype de la symbiose fusionnelle recherchée dans l’acte amoureux. 

Lorsque les 3 dimensions : le physique du sexe, le plaisir sexuel et la relation amoureuse sont au diapason alors se crée l’image idyllique que l’on nous véhicule sur l’amour. 

Alors la sexualité est-elle ce graal qui garantit une bonne relation amoureuse et affective ? Elle est certainement une des composantes importantes pour la constitution du lien, mais force est de constater que tous les couples n’ont pas cette relation pleine et extatique de la sexualité et pour autant sont heureux dans la relation. 

L’avancée en âge fait souvent diminuer l’appétit pour la relation sexuelle. Cela n’a rien de physiologique comme on avait tendance à le dire il y a encore quelques années. La pastellisation de la sexualité est un focus différent qui est mis sur la relation. Et il n’y a pas d’âge pour positionner ce focus plutôt sur le sexe, ou sur l’affection ou sur une gradation entre les deux. 

Cela tendrait à émettre l’idée qu’il n’y a pas de corrélation obligatoire entre la plénitude amoureuse et sexuelle. Il serait alors possible d’aimer quelqu’un sans que la relation sexuelle ne doive être fréquente, satisfaisante, réjouissante et tout autre qualificatif qui imposerait d’y trouver une satisfaction immédiate.   

Le plaisir peut se trouver dans chacun des trois éléments proposés par notre société : le corporel, le plaisir sexuel et la relation amoureuse pris séparément et cela sans honte, ou gêne, quelle que soit la relation avec le partenaire, que ce soit une relation durable ou passagère. La validation des trois n’est pas condition sine qua non du bien-être d’une personne dans une relation. 

La sexualité fonctionne convenablement et mieux pour l’individu dès lors qu’elle est libre, qu’elle ne correspond pas à des obligations. La prochaine révolution sexuelle sera peut-être de reconnaitre le plaisir sexuel pour ce qu’il est, dénué des obligations morales et dénué de son obligation relationnelle. Un équilibre dans chaque sphère tant affective que sexuelle pourrait être le bon dosage pour des relations satisfaisantes dans le temps.

Maud Chaboud, Sexothérapeute

Un petit mot sur notre partenaire…

Maud Chaboud est sexothérapeute.  Elle exerce dans son cabinet à Saint-Germain-en-Laye et pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer en visioconférence via Skype ou WhatsApp.

A travers la sexothérapie, Maud Chaboud vous permet de retrouver une harmonie sexuelle, à travers une meilleure compréhension de soi-même et de son partenaire. Pour les seniors en particulier, la thérapie permet le réajustement de la relation avec son partenaire, mais également dans son rapport à soi pour mieux vivre l'évolution qu'implique l'avancée en âge.

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